Points à retenir
- À l'IR, vous êtes imposé sur la totalité du bénéfice. À l'IS, uniquement sur ce que vous décidez de sortir.
- Le taux réduit d'IS à 15 % s'applique jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà.
- L'IR reste avantageux en début d'activité, notamment pour imputer les déficits sur votre revenu global.
- L'IS s'impose dès que vous réinvestissez une partie de vos bénéfices dans l'entreprise.
- Le passage de l'IR à l'IS est en principe irrévocable. Le choix mérite une analyse approfondie.
- Un mauvais arbitrage peut coûter plusieurs milliers d'euros chaque année, souvent sans que le dirigeant ne s'en aperçoive.
Ce choix, je l'ai vu bâclé des centaines de fois. Un créateur coche une case au moment de l'immatriculation, sur les conseils rapides d'un tiers, et n'y revient plus pendant des années. Pourtant, l'écart entre IR et IS peut représenter plusieurs milliers d'euros par an. Ancien inspecteur vérificateur à la DGFiP pendant vingt ans, devenu avocat fiscaliste à Rennes, je mesure chaque semaine les conséquences d'un choix mal calibré. Prenons le temps de démêler les choses.
Deux logiques fiscales fondamentalement différentes
Commençons par le socle. L'IR, l'impôt sur le revenu, fonctionne selon un principe de transparence. Les bénéfices de votre entreprise remontent directement dans votre déclaration personnelle. Vous êtes imposé au barème progressif, de 0 à 45 %, sur la totalité du résultat, que vous l'ayez effectivement perçu ou non. C'est un point que beaucoup de dirigeants découvrent tardivement.
L'IS, l'impôt sur les sociétés, repose sur une logique d'étanchéité. La société paie son impôt sur ses propres bénéfices, à un taux fixe. Vous, en tant que dirigeant, n'êtes imposé personnellement que sur ce que vous vous versez : salaire, dividendes, ou les deux. La différence est structurante. À l'IR, l'administration vous taxe sur ce que l'entreprise gagne. À l'IS, sur ce que vous choisissez d'en extraire.
Pour y voir plus clair, voici un comparatif synthétique.
Comparatif IS vs IR : les critères essentiels
| Critère | IR | IS |
|---|---|---|
| Taux d'imposition | Barème progressif (0 à 45 %) | 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % |
| Base imposable | Totalité du bénéfice | Bénéfice après déduction de la rémunération |
| Rémunération du dirigeant | Non déductible du résultat | Déductible du résultat |
| Déficits | Imputables sur le revenu global (sous conditions) | Reportables sur les bénéfices futurs, sans limite de durée |
| Cession de l'entreprise | Plus-value professionnelle (exonérations possibles) | Plus-value sur titres (flat tax à 30 %) |
| Cotisations sociales | Assises sur le bénéfice | Assises sur la rémunération + dividendes (selon statut) |
Ce tableau éclaire, mais il ne suffit pas. Les taux isolés ne disent rien. C'est la combinaison entre le taux, l'assiette, les cotisations sociales et votre projet personnel qui détermine le choix pertinent. Voyons cela au cas par cas.
Quand l'IR reste le meilleur choix
L'IR n'est pas un régime dépassé. Dans certaines configurations, il demeure clairement plus favorable.
En début d'activité, d'abord. Si votre entreprise génère des déficits, l'IR vous permet de les imputer directement sur le revenu global de votre foyer fiscal. Concrètement, si votre conjoint perçoit un salaire, le déficit de votre activité vient réduire l'impôt du ménage. À l'IS, ce déficit resterait enfermé dans la société, sans aucun effet sur votre imposition personnelle.
L'IR convient aussi lorsque vous consommez l'intégralité de vos bénéfices pour vivre. Si tout le résultat sort, la distinction IS/IR perd une partie de son intérêt, et l'IR évite la double imposition inhérente à l'IS : une première fois au niveau de la société, puis une seconde sur les dividendes que vous vous versez.
Enfin, l'IR ouvre l'accès à des régimes d'exonération de plus-value professionnelle particulièrement généreux, notamment ceux prévus aux articles 151 septies et 238 quindecies du CGI. Si vous envisagez une cession rapide, ce point mérite une attention particulière.
Mon avis : l'IR reste pertinent tant que l'entrepreneur vit de la totalité de son bénéfice et ne cherche pas à capitaliser dans sa structure.
Quand l'IS devient incontournable
Dès que vos bénéfices excèdent vos besoins de revenus, l'IS prend l'avantage. La raison est arithmétique : le taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % au-delà, reste inférieur au barème progressif de l'IR dès les tranches intermédiaires. L'écart se creuse à mesure que le bénéfice augmente.
L'IS vous offre aussi un levier de pilotage. Vous calibrez votre rémunération, vous arbitrez entre salaire et dividendes, vous adaptez votre stratégie fiscale année après année. Cette souplesse, l'IR ne la permet tout simplement pas.
Si vous envisagez la constitution d'une holding, l'IS est un préalable quasi systématique. Le régime mère-fille, l'intégration fiscale, les opérations d'apport-cession : tous ces mécanismes reposent sur des sociétés soumises à l'IS. J'ai détaillé ces avantages dans un article dédié à la holding fiscale, publié sur ce site.
L'IS favorise également la capitalisation. Les bénéfices conservés dans la société financent la croissance, les investissements, les acquisitions, sans transiter par votre patrimoine personnel ni subir l'impôt sur le revenu.
Mon avis, sans ambiguïté : dès que vous n'avez plus besoin de tout extraire pour vivre, l'IS offre une latitude que l'IR ne vous donnera jamais.
Peut-on changer de régime en cours de vie ?
C'est une question que l'on me pose très souvent. La réponse est oui, mais avec des réserves importantes.
Le passage de l'IR à l'IS est possible à tout moment, par simple option. Attention toutefois : cette option est en principe irrévocable. Une fois le choix acté, le retour en arrière n'est autorisé que dans les cinq premières années, et sous conditions strictes, depuis la loi de finances 2019.
Le changement de régime entraîne des conséquences fiscales immédiates. Les bénéfices en sursis d'imposition, les réserves accumulées, les plus-values latentes peuvent être taxés au moment de la bascule. J'ai vu des dirigeants découvrir ces effets collatéraux après coup, parfois lors d'un contrôle. C'est exactement le type de situation où un accompagnement préalable évite des déconvenues coûteuses.
Pourquoi ce choix mérite un regard extérieur
Votre expert-comptable modélise les chiffres. C'est indispensable. Mais le choix IR/IS dépasse la seule projection comptable. Il engage votre protection sociale, votre stratégie patrimoniale, votre capacité de transmission, et même votre exposition en cas de contrôle fiscal.
En tant qu'avocat fiscaliste, et ancien inspecteur, j'analyse ce choix dans sa globalité. Le secret professionnel protège nos échanges. Mon cabinet propose un accompagnement dédié au conseil sur le régime fiscal, détaillé sur la page professionnels de ce site. N'hésitez pas à me contacter pour un premier échange.
Foire aux questions
Peut-on revenir à l'IR après avoir opté pour l'IS ? Oui, mais uniquement dans les cinq premières années suivant l'option, et sous conditions. Au-delà, le choix est définitif.
SARL à l'IR ou à l'IS : quel impact sur les cotisations du gérant ? À l'IR, les cotisations portent sur le bénéfice entier. À l'IS, elles portent sur la rémunération versée, plus une fraction des dividendes excédant 10 % du capital pour le gérant majoritaire.
Le choix IS/IR influence-t-il le risque de contrôle fiscal ? Pas directement. Mais un choix incohérent avec la réalité économique de l'entreprise attire l'attention du vérificateur. La cohérence reste votre meilleure protection.
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